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Je suis sur l’autoroute 40 direction St-Laurent. Je cherche les bureaux d’une firme de placement et elle est bien cachée. Le jeune homme qui m’a appelé plus tôt m’a convoqué pour une entrevue même si je n’ai pas les qualifications requises pour le poste que je convoitais. J’imagine qu’il veut simplement me rencontrer pour me voir la « binette » au moins une fois avant de m’ajouter à sa banque de cv-consultants.

L’entrevue commence… mal. Il me demande quelles sont mes qualifications pour le poste postulé… je lui rappelle poliment qu’il m’a dit au téléphone que je n’avais pas tout à fait ce qu’il fallait. Oups! Il s’excuse. Moment gênant. Il ne sait plus quoi dire. Je le vois quasiment chercher dans sa mémoire ce qu’il pourrait bien me demander. Je décide de rompre le silence en lui suggérant de lui brosser un profil de mes qualifications. Il accepte avec reconnaissance.

Je décline donc mes principales réalisations au fil des dernières années, mes clients, le type de poste que j’ai occupé, mes spécialisation ou plutôt mon côté généraliste polyvalent. À chaque fois, ça me ramène à mon emploi dans l’entreprise familiale. Mon père, propriétaire et patron, a déjà embauché mes deux frères par le passé. Je rejoins donc la bande. Il m’enseignera au fil des ans l’importance d’être polyvalente car, pour bien servir un client, il faut pouvoir l’accompagner tout au long de sa visite. Le fait de le référer continuellement à un nouveau commis brise le rythme de sa visite et la confiance fragile qui s’établit entre le vendeur et le client. Je dois donc au fil des mois apprendre à vendre à peu prêt tout ce qui se vend sur le plancher. La formule marche bien depuis plus de 40 ans et je suis fière et motivée d’avoir à apprendre tout ça. Je me sens en possession de mon sujet car, même si je ne connais pas les moindre détails, je peux facilement diriger mon client dans la bonne direction quitte à en référer à un collègue plus ferré à l’occasion.

Mais revenons à l’entrevue. Une fois mon petit laïus terminé, le jeune homme m’annonce un peu gêné que même si mon profil est « très intéressant », mon profil est trop généraliste pour le type de mandat qu’il offre habituellement.

C’est la première fois qu’on me dit ça en TI mais je sais depuis longtemps que c’est assez souvent le cas. La franchise du jeune homme me réconcilie avec l’entrevue un peu déroutante jusque là. Pour toute réponse, je lui souris et le remercie d’avoir pris le temps de me rencontrer. Il sait que je suis indulgente car, il aurait dû lire mon cv avant de me faire déplacer pour rien mais qu’à cela ne tienne, il a été honnête avec moi. Ce vent de fraicheur est le bienvenu.

Je suis généraliste. C’est mon crédo depuis mon premier emploi. Ça m’a servi toute ma vie et même en TI car, cela suppose une certaine débrouillardise et une grande ouverture d’esprit. Mes patrons ou mes clients ont toujours appréciés cette qualité qui les a bien servi dans le passé. Mais, aujourd’hui, je me demande si j’ai bien fait de choisir la consultation car, cette qualité n’en est pas une dans ce milieu. Y a-t-il de la place pour les gens comme nous en tant que consultant? Qu’en pensez-vous?