Nous habitons « Los Sombreros », « Les chapeaux » si vous préférez. C’est l’un des premiers appartements construit dans le but d’être loué. Il a vu passer nombre d’étrangers mais également des membres de la famille Tremblay. Diego, le frère de Carlos, y a habité avec Véronique pendant plusieurs années et Ingrid y a passé les premières années de sa vie. Au départ, l’appartement n’avait qu’une seule chambre mais avec le temps, il a été agrandit afin d’être plus polyvalent.

C’est en habitant un endroit qu’on découvre les petites choses plus ou moins fonctionnelles ou déplaisantes qui n’apparaissaient pas aussi importantes pour des locataires mais qui sont plus ennuyeuses pour nous. Ici, c’est la salle de bain qui m’a frappée. C’est une sorte de couloir bordée d’un côté par un meuble / lavabo, la toilette et, tout au fond, la douche. Le tout est entièrement couvert de carrelage vers avocat.

Il semble qu’ici, il soit fréquent lorsqu’on pose de la céramique de ne pas laisser d’espace pour les joints entre les tuiles et toute la céramique de la pièce a été posée de cette façon. Le problème, c’est que le peu de ciment en place finit par s’égrener et disparaître laissant un mince trou entre les tuiles.

De plus, le meuble / lavabo, en bois avec un comptoir en céramique (ivoire cette fois) avait connu de meilleurs jours. Les joints entre les tuiles étaient plus larges mais la plupart était fendillés voire même absents. Autour du robinet, un cerne noir indiquait clairement la présence de moisissure. Finalement, le meuble ne touchait pas au mur du fond et à celui de droite laissant du coup une ouverture où passait l’eau dès qu’il y avait un peu d’accumulation sur le comptoir.

En faisant le ménage, de petits fragments de ciment restaient dans mon linge et j’en vint à parler à Mme Tremblay qui m’avait déjà dit que poser de la céramique était très simple. Je lui suggérais de poser une moulure pour « fermer » l’espace entre le meuble et le mur et de reprendre les joints de céramique. Je dois dire qu’elle ne semblait pas emballée au départ aussi je me suis empressée d’ajouter que j’allais me charger personnellement des travaux. Je crois qu’elle était un peu septique à ce sujet.

Disons-le tout de suite, j’ai expliqué à bien des gens comment poser de la céramique du temps où je travaillais au magasin de mon père mais jamais je n’avais posé une seule tuile moi-même.  Ici, le défi était moindre, car j’allais réutiliser la tuile existante (donc pas de coupe) et il s’agissait d’une petite surface facile d’accès.

Lorsque les enfants sont tombés en congé, j’ai décidé que c’était le moment où jamais. J’ai commencé en me disant que j’avais peut-être juste à enlever le ciment qui ne tenait plus bien et boucher tout ça. Finalement, la quasi totalité des tuiles ne tenaient plus au meuble et l’ensemble des joints cédaient à la moindre pression. Je me suis donc retrouvée avec un bon tas de tuiles bordées de vieux ciment… et un robinet à enlever pour pouvoir faire la partie moisie.

Un voyage chez Home Depot plus tard, je m’attaquais à retirer le plus de ciment possible encore collé aux tuiles. Un travail de moine. Fatiguant et stressant, car il ne faut rien casser. Il n’y a pas de tuile de rechange.

Après avoir nettoyé la surface marbrée de vieille colle, je repose les tuiles avec du silicone et Isabelle mets en place les petits croisillons pour tenter d’espacer chrétiennement les tuiles entre-elles.

Le lendemain, je passe au ciment. Comme je n’ai jamais touché à ça de ma vie, je consulte le grand Google pour voir quelle est la proportion d’eau par rapport à la fine poudre blanche que Mme Tremblay a acheté au kilo dans un vague entrepôt non identifié. Comme le tout est arrivé dans un simple sac noir, il n’y a pas d’instruction. Je sais seulement qu’il faut que le mélange soit assez liquide pour bien se glisser entre les tuiles.  Je prend donc un peu de poudre et un peu d’eau. Je mélange le tout, ajuste la quantité d’eau et utilise l’espèce de lissoire acheté pour l’occasion.

Rapidement, je me rends compte que l’outil en question et moi ne sommes pas fait pour nous entendre. Je l’abandonne donc et plonge mes mains directement dans la pâte pour étendre minutieusement le tout. Je nettoie superficiellement avec une éponge au fur et à mesure jusqu’à ce que finalement, le résultat me paraisse satisfaisant.  Puis, je laisse le tout sécher jusqu’au lendemain.

Le troisième jour, Mme Tremblay se trouve à passer par là. Fière de mon oeuvre, je l’invite dans la salle de bain pour contempler le tout. Le changement est tellement radicale que je m’attend à des félicitations d’autant plus que je n’ai jamais fait ça de ma vie et que le résultat est très correct.  Mais, celle-ci se contente de dire : « Oui, c’est bien à ça que ça ressemble ». Et elle part me laissant un peu ahurie.

Une fois ma petite déception passée, je me relance dans mes travaux et corrige les dernières imperfections pour ensuite m’attaquer aux moulures. Il s’agit d’un quart de rond en plastique blanc comme au Canada. Je le taille laborieusement avec un exacto, car je suis pauvre en outil et je colle les morceaux avec du silicone. J’ai un mal de chien à faire tenir ça en place le temps que le silicone fige.  Puis, je me lance dans la grande finition : silicone autour de l’évier, autour du dernier joint à la bordure du meuble qui a tendance à craquer, au-dessus et en-dessous de la moulure. Ensuite, je passe au reste de la salle de bain et je bouche discrètement tous les trous entre les minces joints de céramique. Comme il me reste un peu du précieux produit, je fais même le tour de la fenêtre d’aération dont le pourtour est peu ragoutant.

Encore là, je dois laisser sécher le tout. J’en profite donc pour reposer le robinet, nettoyer l’aérateur qui est partiellement bouché, frotter le tout pour faire briller et sacrer copieusement sur le manque d’outil adéquat pour l’ensemble de ses travaux.

Comme la poussière de ciment s’est déposée partout, je passe le meuble au peigne fin… et découvre que le fait de nettoyer ledit meuble, fait également disparaître son fini!!!  Qu’à cela ne tienne, j’avais acheté un petit quart-de-litre de verni pour la porte exterieure.  Je m’en sers donc pour vernir le meuble au grand complet, tiroir inclut.  Lorsque je lève les yeux vers le meuble, je suis impressionnée et franchement fière du résultat. Je sais que je me vante mais, diable, c’est tellement mieux qu’avant qu’on voit à peine les petites bavures à gauche et à droite.

Reste le pommeau de douche qui doit dater des années quarante. Et hop! Avec l’aide de Jorge, l’ouvrier de Mme Tremblay, il est remplacé par une jolie pomme de douche économique tant sur la consommation d’eau que pour le prix. Les enfants l’adorent, car, pour une fois, l’eau coule normalement dans la douche.

Un bon coup de mope sur les planchers, un chiffon et quelques produits nettoyants et la salle de bain est comme neuve. Non, mais, le plaisir qu’on a à se brosser les dents en regardant un comptoir propre et sans moisissure.

Mme Tremblay est repassée aujourd’hui… je l’avais invitée à manger avec nous à dessein, car j’espérais vaguement obtenir un commentaire plus à la hauteur de mes attentes. Elle a finalement regardé le tout, dit que ça faisait du bien et admis que l’idée de la moulure le long du mur était une bonne idée. Rien d’explosif mais je sais qu’elle apprécie. De mon côté, je suis doublement satisfaite, car non seulement j’ai trouvé une nouvelle occasion de la remercier de son hospitalité  mais en plus j’ai appris à poser de la céramique!!!  Je ne crois pas que j’en ferais une carrière loin de là mais au moins, je suis contente de l’avoir essayé.