Avant de quitter le Canada pour le Mexique, tout le monde nous questionnait sur les aspects pratiques de notre séjour ici. Est-ce que les enfants iraient à l’école? Est-ce nous allions travailler de là-bas? Où allions-nous habiter?

À cette dernière question, je répondais invariablement que nous avions la chance d’avoir « belle-maman » sur place et qu’en plus, cette dernière était propriétaire de deux maisons et de plusieurs appartements. Habituellement, les maisons sont louées à des gens travaillant pour des compagnies étrangères ayant des bureaux dans les environs. Les appartements quant à eux s’adressent d’avantage à une clientèle touristique.

Ces dernières années, en raison de la crise économique et de la grippe aviaire, les locations se sont faites plutôt rares. Nous avions donc le choix de l’endroit où nous irions habiter.  Toutefois, il était clair dès le départ (avec raison d’ailleurs) que si le logement que nous habitions pouvait être loué, nous devions déménager nos pénates dans un autre.  C’est ainsi que nous avons choisi d’élire domicile à la « Casa Principale ».

Au départ, ce choix nous paraissait logique, car outre ses faibles chances de location, elle est centrale, offre un accès rapide pour l’école et de l’espace à satiété pour vivre. En contrepartie, elle est immense (6 chambres à coucher, 6 salles de bain, 2 salons etc.) et demandait quelques travaux.  Au bout de 6 mois, j’ai finalement engagé une femme de ménage une fois par semaine. Pour les travaux, l’accès à la terrasse a été amélioré, la peinture refaite partout au premier plancher, les problèmes d’infiltration d’eau du grand salon réparés, etc.  C’est en habitant une maison qu’on voit ses défauts et les améliorations qui peuvent être apportées.

Bref, en octobre, « La Isabella », la deuxième maison a finalement été louée. Durant la même période, « Les Colombes » ont également trouvé preneur. Puis, ce fut le tour de « El Viejo » et finalement de « Las Mariposas » (anciennement « El Alacran »).  Le marché semblant se réveiller, Mme Tremblay a repris les travaux pour terminer un nouvel appartement (qui n’a pas encore de nom). Puis, les voisins d’en face ont vu leur maison saisie par la banque et alors, Mme Tremblay leur a offert d’habiter à « Los Sombreros » en attendant de trouver une solution à ce problème.

Au fil du temps, nous avions presque perdu espoir de louer la « Casa Principale » et nous envisagions même d’entamer des travaux pour la séparer en deux logements distincts afin de correspondre d’avantage aux attentes du marché.  Pourtant, une surprise nous attendait. Peu avant les vacances d’avril, la possibilité de louer la « Casa Principale » montra le bout de son nez pour la première fois. Il s’agissait d’un vague intérêt de la part du locataire de « Las Mariposas » dont le nombre d’employé allait augmenter et donc, le logement devenait trop petit.

Sans promesse particulière mais avec un certain espoir, c’est ainsi que nous sommes partis à Mexico pendant quelques jours.  Avant même notre retour, l’intérêt pour la maison devenait plus sérieux et le samedi soir, en arrivant à Guanajuato après plus de 5 heures de route, l’affaire se concrétisait. Il fallait déménager.

Dimanche eut lieu les dernières négociations, vérifications etc. Et aussi, il fallait résoudre la question « où irons-nous? » !!!

Dans « Las Mariposas »? Impossible car, il n’y a pas d’internet et comme il n’y a plus de ligne téléphonique disponible dans le secteur, on ne peut en faire ajouter une.

Reste « Los Sombreros » mais il est actuellement habité par la famille que Mme Tremblay dépanne…

Lundi, préparation du contrat pour une occupation potentielle le mercredi suivant. Mme Tremblay s’arrange finalement avec la famille qui est dans « Los Sombreros » pour qu’il déménage dans « Las Mariposas » dont les locataires viennent de conclure le contrat pour la « Casa Principale ».

Puis, lundi PM, les choses se précipitent. Le nouveau locataire commence à emmener son stock (meubles, literie, etc.) et il faut libérer toutes les chambres sauf la grande car, les travailleurs de nuit vont venir coucher là le lendemain matin.  C’est aussi à ce moment que la décision de faire le déménagement dès le lendemain se prend. Dès que « Las Mariposas » sera libre dans la journée de mardi, la famille de « Los Sombreros » commence à transférer ses affaires. De notre côté, nous libérons la « Casa Principale » pour établir nos quartiers dans « Los Sombreros ». L’horaire est chargé. Il n’y a pas de temps à perdre. Le soir même, tout le monde doit être installé.

Lundi soir, les enfants couchent chez leur grand-mère et pendant que le nouveau locataire installe ses meubles, nous avons droit à une panne d’électricité sans raison pendant plusieurs heures.  Ils travailleront dans le noir total, car la panne touche tout Valenciana et San-Javier.

Mardi matin après un petit déjeuner vite avalé, nous sommes à pied d’œuvre Mme Tremblay, Carlos et moi.  La chaise musicale commence.

Les pièces se vident les unes après les autres. Les hommes que Mme Tremblay a engagé pour nous aider à déplacer les boîtes et les meubles montent et descendent inlassablement les escaliers. La journée avance vite.

Mais d’où vient tout ce stock?!!!  Nous sommes arrivés avec une seule voiture en juillet et pourtant, nous avons l’impression d’en avoir le triple.  Il faut dire que Mme Tremblay doit également vider en partie la maison, car elle ne laisse pas tout aux locataires. Il faut donc déplacer la vaisselle, les ustensiles, des meubles, la literie et des tonnes de livres. La femme de ménage passe systématiquement derrière nous pour laisser les lieux propres pour les nouveaux occupants.

À 14h, on va chercher les enfants à l’école (les bienheureux ont manqué tout ça!). À 15h, on va casser la croûte à Santa-Rosa. Il faut dire que nous n’avons pas mangé depuis 7h le matin et que nous n’avons pas vraiment fait de pause. Vers 18h, retour à « Los Sombreros » où les enfants commencent leurs devoirs.  Nous avons droit à une tempête de grêle (assez gros les grêlons) comme on en a jamais vu. On dirait qu’il neige!

Finalement, je fais les lits et je place la cuisine et la salle de bain tant bien que mal pour être fonctionnel au moins jusqu’au lendemain matin. Je tente même de prendre une douche en soirée mais le chauffe-eau a été fermé et il ne reste plus d’eau chaude… je terminerai en catastrophe avec de l’eau très fraîche. En sortant de la salle de bain toute grelottante, je ne vois que du bordel partout autour de moi. Les enfants sont excités par l’aventure et courent partout. J’aurais envie de hurler… mais je suis trop fatiguée pour ça.

Aujourd’hui, mercredi, j’ai fini de placer le linge des enfants et le nôtre. J’ai nettoyé la petite terrasse et étendu le linge encore mouillé de la dernière lessive dans la « Casa Principale » qui n’avait pas eu le temps de sécher. Je vide des sacs, des valises et des boites de trucs divers (jeux, livres, câblage, ampoules, etc.).   Il en reste encore un peu mais dans l’ensemble, c’est pas mal fini.  Enfin!!!  Quel marathon!

Ce soir, j’aurais bien repris une douche mais il y a pénurie d’eau cette fois. Les réservoirs sont presque vides et la Ville a coupé les vivres. On ne peut ni laver du linge ni partir la toilette à chaque usage. Il faut s’en tenir au strict minimum pour la consommation. L’eau reviendra peut-être demain selon Mme Tremblay. Ça va être comme ça tout le temps maintenant il parait. J’ai une petite pensée pour notre hyperconsommation au Québec. C’est tellement triste.